
L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille,
une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ;
et le nom de la jeune fille était Marie.
L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »
Alors l'ange la quitta.
Cela pourrait sembler tout à fait naturel que l'ange retourne là-haut, pour porter la bonne et mystérieuse nouvelle que le Fils de Dieu naîtra d'une Femme et sauvera l'homme pécheur. Mais je pense que ce petit verset, qui termine le récit de l'annonciation, a un sens très profond (cf Lc 1,38).
Marie reste seule, avec son grand secret, plus grand qu'elle. La présence de l'ange lui aurait été nécessaire pour la soutenir et la réconforter, afin de lui donner la force et la lumière pour aller jusqu'au bout du chemin, d'un chemin jalonné d'épreuves et de souffrances. L'ange aurait été nécessaire dans les moments difficiles: pendant la fuite en Egypte, ou quand le Fils s'égare au temple, ou lorsqu'elle ne voit pas dans le «fils du charpentier» le reflet de sa nature divine; ou encore lorsqu'elle le voit emporté par la foule qui le réclame, ou lorsqu'il affirme qu'il n'a pas de maison, ni de parents, ni de toit. Oh oui, l'ange aurait été bien nécessaire quand s'approchera l'épreuve suprême et qu'elle contemplera, le coeur transpercé, le Fils de Dieu haï, trahi, crucifié, ayant perdu tout aspect d'homme, à l'heure où tout espoir semble perdu.
«Et l'ange la quitta». Mais le Verbe a demeuré parmi nous. Et Marie a cru, au delà de toute apparence, à la présence du Verbe. Et en portant en elle son Enfant divin, Marie nous a porté le salut.
Quand l’ange nous quitte
Je regarde au loin et je me souviens du moment où l'ange vint me parler d'un chemin radieux, qui me conduirait aux sommets les plus purs et les plus sublimes. Et moi, avec un enthousiasme sincère, j'écoutai cette voix et je devins religieux et prêtre. Je me consacrai à Marie, car je voulais me consumer sur son autel d'amour, ainsi que m'avait appris, sur l'autel d'Oswiecim, celui que je considérais comme mon guide et maître, le Père Maximilien Kolbe. Je prononçai mon «oui» et je commençai mon ascension, tandis que l'ange me quittait. Ce fut alors que je me retrouvai seul sur mon chemin, parmi les incertitudes, dans la souffrance physique, dans un champ dont je n'entrevoyais pas les limites; seul à devoir faire des choix qui me dépassaient.
L'ange était parti. Pour toujours. Mais le «Verbe» était resté avec moi. Et avec cette certitude j'ai continué mon chemin, dans la foi, car j'ai cru que «le Seigneur était toujours avec moi». Le Seigneur qui, dans le silence de ma vie, de ta vie, ô mon ami qui me lis, comme dans la vie de tous ceux qui ont la force et la constance de «croire», continue d'être présent dans le monde.
Je pense que c'est bien là le dessein divin. Je le vois dans l'histoire du peuple élu et en ceux que la Providence m'a donnés comme guides et modèles. Ce fut ainsi pour le Père Damien, que l'ange conduisit parmi les lépreux: quand lui‑même devint lépreux, l'ange avait disparu déjà depuis longtemps. Ce fut ainsi pour le Père Kolbe: il est beau de voir les deux couronnes et de rêver du martyre, mais quand il se trouve dans le bunker de la mort à Auschwitz... où se trouve l'ange qui un jour fut envoyé par Dieu?
Et l'ange parle à Thérèse et lui dit: «Le Carmel!». Thérèse quitte son père et s'en va rayonnante et heureuse. Mais quand, après dix ans seulement de cette vie austère, la mort vient à sa rencontre et trouve un corps consumé, une âme en peine, entourée par la nuit et le désert, où se trouve l'ange aux grands messages?
Pourtant, tous, comme Marie un jour, ont laissé dans le monde la lumière et la vie, car ils ont cru à la présence du «Verbe».
Dieu est avec nous
Ce qui compte est donc d'avoir la certitude que Dieu est avec nous. Qu'importe, alors, si les forces du mal nous serrent de tous côtés, s'il nous manque tout réconfort humain, du moment que Dieu est avec nous et en nous? Nous agoniserons dans notre Gethsémani, nous affronterons le jugement de Hérode, de Caïphe et de Pilate; nous monterons au Calvaire, nous consumerons notre vie sur la croix, le sépulcre nous dira que notre vie est ratée. Mais Dieu ressuscite, Il est ressuscité et nous aussi avec Lui: c'est l'écho joyeux de la voix de l'ange, qui un jour nous indiqua la volonté divine.
Et la volonté de Dieu est que nous croyions en Lui pour pouvoir ainsi obtenir notre salut et le salut d'autres frères.